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Fonds propres ou dette

Prêt subordonné : financer sa PME sans ouvrir son capital

Prêt subordonné pour PME : rang, rémunération fixe ou variable, regard de la banque, conversion. Qui en publie en Wallonie et à Bruxelles, à quel ticket.

ParCédric H.7 min de lecture

Un prêt subordonné est un prêt remboursé après les autres dettes de l'entreprise si elle tombe en difficulté. Ce rang le rend plus risqué pour le prêteur, donc mieux rémunéré, mais il pousse la banque à le traiter comme du quasi-capital. Il finance un projet sans créer d'action : vous gardez 100 % de votre capital.

Ma thèse tient en une phrase : pour une PME rentable dont le dirigeant ne veut pas d'associé, le prêt subordonné est souvent l'instrument le plus utile du marché, et le moins demandé. Je vais la défendre, puis lui opposer l'objection sérieuse, puis la nuancer.

Qu'est-ce qu'un prêt subordonné ?

C'est un contrat de prêt ordinaire auquel s'ajoute une clause de subordination. En cas de liquidation ou de difficulté, le prêteur accepte d'être remboursé après les créanciers dits seniors, en premier lieu la banque.

Rien d'autre ne le distingue d'un crédit. Pas d'action émise, pas de droit de vote, pas d'entrée au registre des actionnaires. Mais ses paramètres varient beaucoup d'un prêteur à l'autre :

ParamètreOptions courantes
DuréePlusieurs années, souvent plus longue qu'un crédit d'investissement
Remboursement du capitalAmortissable, différé ou en une fois à l'échéance (bullet)
RémunérationTaux fixe, ou intérêt minimum + part variable liée à la performance
GarantiesGénéralement aucune sûreté réelle
ConversionPossible si le contrat prévoit une option de conversion en actions

Les termes voisins brouillent la lecture. Le prêt convertible peut devenir des actions, souvent à la levée suivante. La mezzanine est un financement subordonné plus cher, avec un accès au capital, courant dans les rachats avec dette. Le prêt participatif fait dépendre une partie de la rémunération des résultats. Ces mots se recouvrent. Le contrat décide : rang, rémunération, durée, conversion.

Pourquoi la banque le considère-t-elle comme des fonds propres ?

Parce qu'il paie les pots cassés avant elle.

De 2009 à 2017, j'ai instruit des crédits d'entreprise dans une banque à Namur. Quand un bilan contenait un prêt subordonné, je le sortais des dettes et je le rajoutais aux fonds propres dans mon tableau d'analyse. Pas par générosité. En cas de faillite, ce prêteur-là passait derrière nous. Pour notre risque, il jouait exactement le rôle d'un apport en capital : un coussin qui absorbe les pertes avant que la banque n'en subisse.

D'où le terme de quasi-fonds propres. Il n'apparaît pas sur un bilan publié au Moniteur. C'est une lecture d'analyste, et c'est elle qui compte quand vous demandez un crédit.

L'effet est mécanique. Plus de fonds propres retraités, c'est un ratio d'endettement plus confortable aux yeux du banquier, donc plus de crédit possible à côté. Sambrinvest le résume en parlant d'un « effet de levier financier » vis-à-vis des banquiers, sur sa page consacrée à ses solutions de financement. Invest.BW, sur sa page partenariat, indique ne jamais financer seul la totalité d'un besoin.

Un point de vigilance que j'ai appris à mes dépens : toutes les clauses de subordination ne se valent pas. Une subordination limitée dans le temps, ou qui ne vise pas la banque nommément, peut ne pas être retraitée. Faites valider le texte de la clause par votre banque avant de signer, pas après.

La thèse : pour une PME rentable, c'est l'instrument le moins cher en part de capital

Prenez un projet de 1 M€ que la banque refuse de financer seule. Deux façons de compléter : un apport en capital ou un prêt subordonné.

En capital, la part cédée se calcule ainsi : apport divisé par (valorisation pre-money + apport). Avec 1 M€ sur une pre-money de 4 M€, vous cédez 20 %. Sur 9 M€, 10 %. Et cette part, vous ne la récupérez pas : l'investisseur se paie sur la plus-value à la revente, c'est-à-dire sur votre travail des années suivantes.

En prêt subordonné, vous cédez 0 %. Vous payez des intérêts, et vous remboursez le million. Mais après l'échéance, l'entreprise vous appartient entièrement, avec toute la valeur créée entre-temps.

Ce que les financeurs publient, relevé sur leurs sites le 15.10.2026 :

FinanceurZoneTicket publiéProduit subordonné publiéDurée publiée
ORSA (ex-Investsud)Wallonie500 000 € à 2,5 M€Smart Bond, part variable liée à l'EBITDA5 à 10 ans
Namur InvestProvince de Namur100 000 € à 2,5 M€ en généralPrêts subordonné, convertible, bulletNon publié
Invest.BWBrabant wallonJusqu'à 2,5 M€ au total, en un ou plusieurs toursPrêt subordonné ou mezzanine, convertibleTypiquement 5 à 10 ans
SambrinvestCharleroi MétropoleNon publiéPrêts subordonnés, convertibles, participatifsNon publié
finance&invest.brusselsBruxelles-CapitaleJusqu'à 5 M€ pour les PME, en co-investissementNon détaillé sur la page consultéeNon publié

Trois ancrages chiffrés à retenir. Trois prêteurs wallons publient le même plafond de 2,5 M€. Namur Invest descend à 100 000 €, ce qui en fait le seul à viser explicitement les petits montants. Et Namur Invest publie un portefeuille réparti à environ 80 % en dette et 20 % en capital : pour lui, le prêt est la règle, la participation l'exception.

Illustration d'un prêt subordonné placé entre la dette bancaire et le capital d'une PME

L'objection : il coûte cher et il revient à l'échéance

L'objection sérieuse, je l'ai entendue de la bouche d'un directeur financier : « Un prêt subordonné, c'est un crédit plus cher qu'il faut quand même rembourser. Où est le cadeau ? »

Elle est juste sur les deux points.

Le coût d'abord. Le prêteur subordonné prend plus de risque que la banque, il demande donc plus. Les taux ne sont pas publiés par la plupart des acteurs que j'ai relevés, et je ne les invente pas. Mais l'ordre est connu : plus cher qu'un crédit bancaire, moins cher que ce qu'un actionnaire attendra de sa part sur une PME qui réussit.

L'échéance ensuite. Un prêt bullet de 1 M€ sur sept ans, c'est 1 M€ à sortir l'année sept. J'ai vu un dossier, du côté banque, où ce remboursement n'avait été prévu par personne. L'entreprise allait bien. Elle a dû refinancer dans l'urgence, à de moins bonnes conditions. Un fait négatif, mais réel : le prêt subordonné reporte une charge, il ne la supprime pas.

Et il y a un cas où il est franchement mauvais : combler des pertes récurrentes. Si l'activité perd de l'argent chaque année, un prêt subordonné ne fait que repousser le problème, en y ajoutant des intérêts. Aucun prêteur sérieux ne le proposera d'ailleurs pour ça.

La nuance : la rémunération variable change le calcul

Certains prêteurs lient une partie de la rémunération à la performance de l'entreprise. Le cas le plus documenté est le Smart Bond d'ORSA, tel que publié :

  • prêt subordonné de 500 000 € à 2,5 M€, sur 5 à 10 ans, sans dilution ;
  • un intérêt annuel minimum, payé chaque année ;
  • une part variable calculée sur des indicateurs de performance, typiquement l'EBITDA, payée à l'échéance avec le capital ;
  • à l'échéance : remboursement, étalement si la situation le justifie, ou conversion en capital d'un commun accord ;
  • réservé aux PME wallonnes à EBITDA positif et à cash-flows récurrents.

Ce montage répond en partie à l'objection. Si l'entreprise traverse une mauvaise période, la part variable se réduit, et la charge avec. Si elle performe, le prêteur gagne davantage, ce qui est le prix d'un financement qui ne prend aucune part. L'étalement possible à l'échéance répond au risque du remboursement en une fois. Le taux minimum, lui, n'est pas publié sur les pages que j'ai lues.

Pour comparer ce type de prêt à un crédit classique, ne prenez pas le taux minimum seul. Faites simuler le coût total dans un scénario prudent et un scénario ambitieux. Dans le second, le prêt coûte plus cher. C'est aussi le scénario où vous pouvez le payer.

Qui en propose en Belgique ?

En Wallonie, l'offre est dense. Les invests provinciaux, Namur Invest, Invest.BW, Sambrinvest, publient des prêts subordonnés ou convertibles, avec les conditions du tableau plus haut. Noshaq à Liège et IMBC à Mons ne détaillent pas de produit subordonné sur les pages consultées. Côté privé, ORSA publie le Smart Bond. Wallonie Entreprendre, l'outil financier régional, finance ces invests (1 Md€ investi dans les invests, selon ses chiffres publiés) et intervient lui-même en prêts, garanties et capital.

À Bruxelles, finance&invest.brussels publie des prêts, des garanties et des prises de participation, jusqu'à 5 M€ pour les PME en co-investissement, sans nommer de produit subordonné sur la page que j'ai lue. En Flandre, l'interlocuteur public est PMV. Je n'ai pas relevé ses conditions, je ne les cite donc pas.

Pour voir les neuf acteurs côte à côte, avec ticket, instrument et zone, le classement des fonds d'investissement pour PME reprend ce relevé. Et pour situer le prêt subordonné parmi les autres instruments, fonds propres, dette et quasi-capital déroule l'échelle complète.

Trois vérifications avant de signer

Je termine par ce que je ferais faire à n'importe quel dirigeant avant de signer :

  1. Faire valider la clause de subordination par la banque, pour être sûr qu'elle la retraite en quasi-fonds propres.
  2. Si la rémunération est variable, faire simuler le coût total avec le scénario prudent et le scénario ambitieux.
  3. Prévoir dès le départ comment le capital sera remboursé à l'échéance : trésorerie, refinancement, conversion.

Si le prêt subordonné ne suffit pas, la comparaison avec un apport en capital est détaillée dans dette bancaire ou fonds propres. Pour la clause elle-même, un avocat en droit des sociétés vous coûtera moins cher qu'une subordination mal rédigée.

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Questions fréquentes

Elle varie selon le prêteur et le projet. ORSA publie 5 à 10 ans pour son Smart Bond, et Invest.BW indique des interventions typiquement de 5 à 10 ans. Le remboursement du capital est souvent différé ou concentré à l'échéance (prêt bullet).

C'est plus difficile, car le prêteur doit voir comment le prêt sera remboursé. ORSA réserve par exemple son Smart Bond aux PME à EBITDA positif et cash-flows récurrents. Les jeunes sociétés obtiennent plus souvent des prêts convertibles, qui se transforment en actions lors de la levée suivante.

En général, aucune sûreté réelle n'est demandée, puisque le prêteur accepte de passer après la banque, qui garde ses propres garanties. Les conditions exactes, y compris d'éventuels engagements du dirigeant, dépendent du contrat. Faites relire la clause par votre avocat.

Photo de Cédric H.

Cédric a passé huit ans, de 2009 à 2017, dans le service crédits entreprises d'une banque belge à Namur, du côté où l'on refuse les dossiers et où l'on rédige les covenants. Il a ensuite été contrôleur de gestion d'une PME industrielle du Hainaut au moment où un invest provincial est entré à son capital. Installé à Gembloux, il relit chaque mois les conditions publiées par les fonds et les invests wallons et bruxellois.