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Start-up & scale-up

Financer une biotech en Belgique : jalons, fonds, aides

Financer une biotech en Belgique : tours calés sur les jalons scientifiques, fonds d'amorçage, invests, aides non dilutives et clauses du premier tour.

ParCédric H.9 min de lecture

Une biotech se finance par tours successifs, chacun calé sur un jalon scientifique ou réglementaire. Elle consomme des fonds pendant des années avant ses premiers revenus, et combine fonds d'amorçage, invests, fonds privés et aides non dilutives. Le choix des premiers investisseurs, et les droits qu'on leur accorde, conditionnent tous les tours suivants.

J'ai voulu savoir qui, parmi les fonds qui financent les entreprises en Wallonie et à Bruxelles, investit réellement dans une biotech, à quel stade, et avec quel ticket. Pas d'après les plaquettes : d'après ce que chaque acteur publie lui-même. Le relevé date du 15.10.2026. Il dit autant par ses trous que par ses chiffres.

Une biotech avance par jalons, et chaque jalon a un prix

Le financement suit le développement de l'actif, pas le calendrier de l'entreprise. Chaque jalon franchi réduit le risque scientifique et justifie une valorisation plus élevée pour le tour suivant. Chaque phase coûte aussi plus cher que la précédente.

OrdreJalonPreuve apportéeLe tour suivant finance
1Preuve de conceptRésultats de laboratoire, brevets déposésLe préclinique
2PrécliniqueDonnées d'efficacité et de sécurité avant l'hommeLes premiers essais cliniques
3Premiers essais cliniquesSécurité chez l'hommeLes essais d'efficacité
4Essais d'efficacitéPreuve de l'effet thérapeutiqueLe partenariat, la cession ou la suite du développement
5Partenariat ou cessionLicence à un industriel, rachat, introduction en bourseLa sortie des investisseurs

Ce tableau a l'air d'une évidence. Il ne l'est pas pour un fondateur qui sort du laboratoire. La plupart des plans de financement que l'on m'a montrés comptaient le coût du jalon suivant. Presque aucun ne comptait qui paierait celui d'après.

Or c'est la vraie question. Une biotech qui lève assez pour atteindre le préclinique, mais dont aucun investisseur n'a les moyens de suivre au tour clinique, se retrouve avec de bonnes données et une trésorerie vide. Le plan de financement doit donc prévoir, dès le premier tour, qui suivra au tour d'après.

Qui finance une biotech en Wallonie et à Bruxelles ?

J'ai repris les neuf acteurs que ce site suit, et j'ai noté pour chacun ce qu'il publie sur la biotech, le stade et le ticket. Relevé sur leurs sites le 15.10.2026.

ActeurBiotech ou sciences de la vie publiées ?Stade publiéTicket publiéZone
TheodorusOui : biotech, medtech, digital, ingénierieSeed et early stage250 000 € au premier investissement, jusqu'à 2,5 M€Belgique, ouverture vers le Canada (Theodorus IV)
ORSA (ex-Investsud)Oui : santé, biotechDrug development en seed et early stage500 000 € à 2 500 000 €Wallonie
SambrinvestOui : sciences de la vie parmi les secteurs prioritairesStart-up, PME en croissance ou en transmissionNon publiéCharleroi Métropole
NoshaqSept secteurs prioritaires, détail non repris dans mon relevéDe la start-up à la PME établieNon publiéProvince de Liège
Namur InvestSanté citée parmi les secteurs bien représentésGénéraliste100 000 € à 2,5 M€ en généralProvince de Namur
Invest.BWGénéraliste ; start-up technologiques de moins de 9 ansStart-up et PMEJusqu'à 2,5 M€ au totalBrabant wallon
IMBCSociétés innovantes et spin-offsDe la création à la transmissionNon publiéMons, Borinage, Centre
Wallonie EntreprendreTous secteursNon préciséNon publiéWallonie
finance&invest.brusselsTous secteursDes indépendants aux scale-upsJusqu'à 5 M€ pour les PME, en co-investissementBruxelles

Trois acteurs sur neuf citent explicitement la biotech ou les sciences de la vie : Theodorus, ORSA et Sambrinvest. Deux autres citent la santé ou les spin-offs. Quatre ne publient pas de ticket.

Le premier constat est géographique. Un fondateur biotech à Liège, à Namur ou à Mons n'a pas le même interlocuteur qu'à Charleroi ou à Bruxelles. Les invests interviennent dans leur province, et une biotech qui change de province pour se rapprocher d'un investisseur n'est pas un scénario rare.

Le second constat porte sur les montants. Aucun des tickets publiés ne dépasse 5 M€, et la plupart plafonnent à 2,5 M€. Une phase clinique coûte en général bien davantage. Les acteurs locaux financent donc surtout l'amorçage et les premières phases ; au-delà, ils co-investissent avec des fonds spécialisés plus grands. C'est la raison d'être des tours à plusieurs investisseurs.

Theodorus, le fonds universitaire

Theodorus est le fonds d'amorçage lié à l'ULB. Il publie plus de 70 M€ sous gestion, plusieurs fonds dont un evergreen (Theodorus I) et deux fonds fermés de 12 à 14 ans (Theodorus II et III). Son premier ticket est de 250 000 €, et il peut monter jusqu'à 2,5 M€ ; pour Theodorus IV, la fourchette publiée va de 500 000 € à 2,5 M€.

Pour une spin-off, la durée des fonds fermés compte. Un fonds de 12 ans qui entre dans une biotech en préclinique devra en sortir avant son terme, quelle que soit l'avancée des essais. La question à poser : combien d'années reste-t-il au véhicule qui investit ?

ORSA, le fonds privé ancré en Wallonie

ORSA publie un parcours dédié pour financer un projet biotech. Il indique intervenir en drug development aux stades seed et early stage, co-structurer les premiers tours et rester présent au conseil pour les arbitrages scientifiques et stratégiques. Son ticket publié va de 500 000 € à 2 500 000 €. Le fonds se présente comme evergreen, sans horizon de sortie imposé, actif depuis 1985, avec plus de 120 M€ sous gestion.

Un fonds evergreen n'a pas de date couperet. Sur un actif dont les essais peuvent glisser de plusieurs trimestres, c'est un point concret, pas un argument de vente.

Sambrinvest, Noshaq et les autres invests

Sambrinvest cite les sciences de la vie parmi ses secteurs prioritaires et publie près de 300 PME en portefeuille et plus de 200 M€ sous gestion. Il ne publie pas de ticket.

Noshaq, l'invest liégeois, publie sept secteurs prioritaires et 120 M€ d'investissements décidés par an en moyenne sur les cinq dernières années, tous secteurs confondus. Mon relevé ne reprend pas le détail de ces sept secteurs : vérifiez sur son site si votre projet en fait partie avant le premier contact. Namur Invest cite la santé parmi ses secteurs bien représentés. IMBC vise notamment les spin-offs.

Quelles aides non dilutives pour une biotech ?

Un financement non dilutif ne donne aucune part du capital : subvention, avance récupérable, prix, contrat de recherche. Il ne remplace pas les tours en capital, il les allège.

En Wallonie, la Région accorde des subsides et des avances récupérables pour la recherche. L'erreur que je vois le plus souvent est pourtant celle-ci : des fondateurs qui lèvent du capital pour financer un travail de recherche qui aurait pu être en partie couvert par une aide régionale. À Bruxelles, la recherche et l'innovation relèvent d'Innoviris ; en Flandre, de VLAIO. Les montants et les taux dépendent du programme et du dossier, je ne les reprends pas ici.

Le calcul est simple. En pourcentage, cela donne ceci : si une aide non dilutive couvre une partie du budget du jalon, la levée en capital diminue d'autant, et la part cédée aussi. Exemple construit, pas un cas réel. Une biotech valorisée 3 M€ avant levée a besoin de 1,5 M€ pour atteindre son jalon. En capital seul, l'investisseur prend 1,5 / 4,5 = 33 %. Si une avance récupérable couvre 500 000 €, la levée tombe à 1 M€, et l'investisseur prend 1 / 4 = 25 %. Huit points de capital gardés par les fondateurs, au prix d'un dossier administratif et d'un remboursement conditionnel.

Équipe biotech présentant ses résultats précliniques à des investisseurs

Cinq critères d'investisseur, dont deux sous-estimés

Cinq critères reviennent dans tous les dossiers biotech, et un fondateur scientifique sous-estime presque toujours les deux derniers.

CritèreQuestion posée par l'investisseur
ScienceLa preuve de concept est-elle robuste et reproductible ?
Propriété intellectuelleLes brevets sont-ils au nom de la société, et quelle est leur portée ?
ÉquipeAssocie-t-elle science, développement clinique et gestion ?
Plan de développementLes jalons, les coûts et le calendrier sont-ils crédibles ?
SortieQuels industriels pourraient acquérir ou licencier l'actif ?

La propriété intellectuelle est le point qui bloque le plus de spin-offs. Un brevet déposé au nom de l'université, avec une licence à la société encore en négociation, rend le premier tour très difficile. Réglez la question avant de rencontrer un fonds.

Trois réflexes, tirés des dossiers que j'ai relus :

  • calibrer chaque tour pour atteindre le jalon suivant avec une marge de plusieurs mois, parce qu'un essai qui glisse d'un trimestre est la norme ;
  • sécuriser la propriété intellectuelle au nom de la société avant le premier tour ;
  • choisir des premiers investisseurs capables de suivre aux tours suivants, ou d'en amener d'autres.

Et trois erreurs qui reviennent :

  • lever juste assez pour atteindre le jalon, ce qui impose un tour dans l'urgence au moindre retard ;
  • accorder des droits très protecteurs au premier investisseur, qui pèseront sur tous les tours suivants ;
  • ignorer les financements non dilutifs disponibles dans votre région.

Le premier tour engage tous les suivants

C'est la partie la moins visible et la plus chère. Les droits accordés au premier investisseur (actions de préférence, anti-dilution, sièges au conseil) servent de référence aux tours suivants. Un nouveau fonds demandera au minimum les mêmes droits.

Prenez un exemple construit, et regardez ce que la clause dit, ce qu'elle vous coûte : un fonds a investi 1 M€ à 10 € par action, soit 100 000 actions. Le tour suivant se fait à 5 € par action, parce que le préclinique a pris du retard.

MécanismePrix de référence ajusté du fondsActions du fonds après ajustement
Aucune clause10 €100 000
Moyenne pondéréeEntre 5 € et 10 €, selon le montant levé à bas prixUn peu plus de 100 000
Full ratchet5 €200 000, soit 100 000 de plus

Les 100 000 actions supplémentaires du full ratchet sont prises sur la part des autres, en pratique les fondateurs. En biotech, où un tour à la baisse après un retard d'essai n'a rien d'exceptionnel, cette clause peut coûter plus cher que la valorisation elle-même.

Un investisseur de référence qui sait construire un tour de table, avec d'autres fonds autour de lui, compte autant que le montant qu'il apporte. Les tickets publiés plafonnant entre 2,5 M€ et 5 M€, aucun acteur local ne financera seul un développement clinique. Celui qui entre en premier doit pouvoir appeler les suivants.

Comment se finance une biotech en Belgique, en pratique ?

En empilant trois couches, dans cet ordre. D'abord les aides non dilutives et l'argent des fondateurs, pour la preuve de concept. Ensuite un fonds d'amorçage spécialisé ou un fonds privé actif en drug development, souvent avec un invest de la province et des business angels. Le tax shelter rend leur participation plus attractive, dans les limites fixées par le SPF Finances. Enfin, pour la clinique, des fonds spécialisés plus grands, belges ou étrangers, en co-investissement avec les premiers.

La région de votre siège change surtout la deuxième couche. En Wallonie, l'invest de la province et Wallonie Entreprendre, qui finance elle-même les invests à hauteur de 1 milliard d'euros. À Bruxelles, finance&invest.brussels, qui intervient en complément des banques et des fonds privés, et investit aussi indirectement dans des fonds de capital-risque. En Flandre, PMV, que ce site ne couvre pas en détail. Une spin-off bruxelloise qui installe son laboratoire en Wallonie change d'interlocuteurs publics : la décision mérite d'être prise en connaissance de cause, pas pour un seul tour.

Les acteurs locaux décrits ici sont repris avec leurs conditions dans le classement des fonds pour PME. Pour la structuration du tour et les clauses, faites relire la term sheet par un avocat spécialisé avant de signer. Une biotech qui négocie mal son premier tour le renégocie à chaque tour suivant.

Comparateur

Comparez les fonds d'investissement côte à côte.

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Questions fréquentes

Certains fonds interviennent dès l'amorçage, quand la preuve de concept est établie et les brevets déposés. Theodorus, fonds lié à l'ULB, investit dès l'amorçage ; ORSA indique intervenir en drug development aux stades seed et early stage.

Un financement qui ne donne pas de part du capital : subvention, avance récupérable, prix, contrat de recherche. Il complète les tours en capital et réduit la dilution des fondateurs.

Parce que les montants augmentent fortement à chaque phase et que le risque est concentré sur un actif. Les investisseurs partagent ce risque et s'engagent souvent à suivre ensemble aux tours suivants.

Photo de Cédric H.

Cédric a passé huit ans, de 2009 à 2017, dans le service crédits entreprises d'une banque belge à Namur, du côté où l'on refuse les dossiers et où l'on rédige les covenants. Il a ensuite été contrôleur de gestion d'une PME industrielle du Hainaut au moment où un invest provincial est entré à son capital. Installé à Gembloux, il relit chaque mois les conditions publiées par les fonds et les invests wallons et bruxellois.