Valoriser une PME non cotée, c'est fixer un prix négocié en s'appuyant sur des méthodes de calcul. Pour une PME rentable, la méthode la plus courante multiplie l'EBITDA normalisé par un multiple, puis retire la dette financière nette. Les écarts avec le fonds viennent des hypothèses retenues, presque jamais des formules elles-mêmes.
Un prix arrive rarement seul : il vient avec des droits attachés aux actions. J'ai passé huit ans dans le service crédits entreprises d'une banque à Namur, puis j'ai relu une convention d'actionnaires depuis le fauteuil d'un dirigeant. La leçon tient en une ligne.
Le chiffre pre-money ne dit presque rien sans les clauses qui l'accompagnent.
Quelles méthodes pour valoriser une PME non cotée ?
Trois familles de méthodes coexistent. Pour une PME rentable, le multiple d'EBITDA domine ; les deux autres servent de contrôle.
| Méthode | Principe | Adaptée à | Limite |
|---|---|---|---|
| Multiples | Valeur = indicateur (EBITDA, chiffre d'affaires) × multiple observé sur des sociétés ou transactions comparables | PME rentables et stables | Les comparables parfaits n'existent pas |
| Flux de trésorerie actualisés (DCF) | Valeur = somme des flux de trésorerie futurs ramenés à aujourd'hui | Entreprises aux flux prévisibles | Très sensible au taux d'actualisation et à la croissance à long terme |
| Actif net réévalué | Valeur = actifs réévalués moins dettes | Holdings, sociétés à fort patrimoine immobilier | Ignore la capacité bénéficiaire |
Pour une start-up qui perd encore de l'argent, aucune des trois ne tient vraiment. La valorisation se construit alors par la négociation, les comparables de tours récents, le montant levé et la part que le fonds juge nécessaire pour couvrir son risque. Les termes pre-money, post-money et dette nette sont repris dans le glossaire du financement d'entreprise.
Comment passer d'un multiple d'EBITDA à la valeur des actions ?
En cinq étapes. Prenons un cas construit pour l'exemple, pas un dossier réel : une PME industrielle avec un EBITDA normalisé de 1,2 M€, 2 M€ de dettes financières et 0,5 M€ de trésorerie.
- Calculez l'EBITDA normalisé : 1,2 M€, après retrait des éléments exceptionnels et ajustement de votre rémunération de dirigeant à un niveau de marché.
- Retenez un multiple : 5 dans cet exemple. C'est une hypothèse de calcul, pas une référence de marché.
- Multipliez pour obtenir la valeur d'entreprise : 1,2 × 5 = 6 M€.
- Calculez la dette financière nette : 2 M€ de dettes moins 0,5 M€ de trésorerie, soit 1,5 M€.
- Retirez la dette nette de la valeur d'entreprise : 6 M€ moins 1,5 M€ donnent 4,5 M€ pour les actions.
Si un fonds apporte ensuite 1,5 M€ en capital sur cette base, la valorisation pre-money est de 4,5 M€, la post-money de 6 M€, et le fonds détient 25 %. En pourcentage, cela donne : vous gardez 75 % des actions, à condition qu'aucune option ni aucun prêt convertible ne vienne s'ajouter au calcul.
Le montant de 1,5 M€ n'a rien d'exotique. Il tombe dans la fourchette que publie ORSA (ex-Investsud) pour ses interventions, de 500 000 € à 2 500 000 €, et sous le plafond de 2,5 M€ publié par Invest.BW comme par Namur Invest (relevé sur le site de chaque fonds le 15.10.2026).
Quel multiple d'EBITDA pour une PME belge ?
Il n'existe pas de multiple officiel. Il dépend du secteur, de la taille, de la croissance, de la dépendance à un client ou au dirigeant, et des conditions de marché du moment. Le relevé du 15.10.2026 ne contient aucun multiple publié : les neuf acteurs suivis sur ce site affichent des tickets, des instruments et des zones, pas des grilles de prix. Un multiple cité sans source ni date ne vaut rien en négociation.
Vous pouvez en revanche calculer la sensibilité de votre part au multiple retenu. Même exemple, même apport de 1,5 M€, seul le multiple change :
| Multiple retenu | Valeur d'entreprise | Valeur des actions (pre-money) | Post-money | Part du fonds pour 1,5 M€ | Part que vous gardez |
|---|---|---|---|---|---|
| 4 | 4,8 M€ | 3,3 M€ | 4,8 M€ | 31,25 % | 68,75 % |
| 5 | 6,0 M€ | 4,5 M€ | 6,0 M€ | 25 % | 75 % |
| 6 | 7,2 M€ | 5,7 M€ | 7,2 M€ | 20,8 % | 79,2 % |
Un point de multiple vaut ici entre quatre et six points de capital. Gardez cet ordre de grandeur en tête quand on vous explique que la discussion « ne porte que sur un demi-point ».
Pourquoi le fonds n'arrive-t-il pas au même chiffre que vous ?
Parce qu'il ne part pas des mêmes hypothèses. Les formules sont identiques des deux côtés de la table. Quatre écarts reviennent dans presque tous les dossiers que j'ai relus :
- L'EBITDA retenu. Le dirigeant prend l'année record ; le fonds prend une moyenne, ou retire un contrat exceptionnel.
- Le multiple. Une forte dépendance à un client ou au dirigeant le fait baisser.
- La dette nette. Provisions, dettes fiscales, leasing : la définition change le résultat de plusieurs centaines de milliers d'euros.
- Le risque d'exécution. Le fonds valorise votre plan comme s'il prenait du retard.
Le premier écart pèse plus lourd qu'on ne le croit. Si le fonds retient un EBITDA moyen de 1,0 M€ au lieu de 1,2 M€, au même multiple de 5, la valeur d'entreprise tombe à 5 M€ et la valeur des actions à 3,5 M€. Le même apport de 1,5 M€ lui donne alors 30 % au lieu de 25 %. Deux cent mille euros d'EBITDA, cinq points de capital.

Comment négocier la valorisation ?
Arrivez avec vos propres chiffres, calculés selon les conventions du fonds, et négociez le prix et les droits dans le même paquet. Dans l'ordre :
- Préparez un EBITDA normalisé qui retire les éléments exceptionnels et ajuste la rémunération du dirigeant.
- Calculez vous-même la dette nette avec les mêmes conventions que le fonds. Demandez-lui sa définition : leasing inclus ou non, dettes fiscales, provisions.
- Croisez au moins deux méthodes, par exemple multiple et DCF, et expliquez l'écart entre les deux résultats.
- Demandez au fonds son calcul ligne par ligne.
- Mettez sur la table, en même temps que le prix, la catégorie d'actions, l'anti-dilution et les clauses de sortie.
- Faites relire l'ensemble par votre expert-comptable ou un réviseur avant de signer quoi que ce soit.
Trois erreurs reviennent souvent. Partir de la valorisation d'une start-up très médiatisée pour chiffrer une PME industrielle. Négocier le prix sans parler des droits attachés aux actions. Confondre valeur d'entreprise et valeur des actions, ce qui fausse tout le reste du calcul.
Si la dilution vous gêne davantage que le coût du financement, regardez les instruments qui ne touchent pas au capital : ORSA publie un Smart Bond, un prêt subordonné de 5 à 10 ans, sans dilution, dont la rémunération est en partie liée à l'EBITDA (conditions publiées par ORSA). Pas de valorisation à négocier dans ce cas, mais un coût à comparer. Le classement des fonds pour PME met côte à côte les tickets et les instruments publiés par chaque acteur.
Un prix élevé avec un ratchet peut coûter plus qu'un prix bas sans
Une valorisation élevée accompagnée de clauses protectrices fortes, comme des actions de préférence ou un ratchet anti-dilution, peut vous coûter davantage qu'une valorisation plus basse sans ces clauses. Le ratchet réajuste la part du fonds si un tour suivant se fait à un prix inférieur. Votre 75 % d'aujourd'hui ne tient alors que si l'entreprise tient son plan.
Je l'ai vu plus d'une fois : le dirigeant gagne un demi-point de multiple, puis lâche une préférence de liquidation sans la chiffrer. Négociez les deux au même moment, au stade de la lettre d'intention et de la term sheet. Après, c'est trop tard.
Que demande le Code des sociétés lors d'une augmentation de capital ?
Une justification écrite du prix. Lors d'une augmentation de capital, l'organe d'administration doit justifier le prix d'émission dans un rapport : article 5:121 du Code des sociétés et des associations pour la SRL, article 7:179 pour la SA (texte consolidé sur ejustice). Dans la SA, un commissaire, un réviseur ou un expert-comptable certifié évalue les données financières de ce rapport.
La règle est fédérale. Elle s'applique de la même façon à une PME namuroise qui fait entrer un invest provincial, à une société bruxelloise qui lève avec finance&invest.brussels, ou à une entreprise flamande face à PMV. D'une région à l'autre, ce sont les acteurs et leurs tickets qui changent, pas l'obligation de justifier le prix. Une valorisation argumentée sert donc deux fois.
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Questions fréquentes
Cédric a passé huit ans, de 2009 à 2017, dans le service crédits entreprises d'une banque belge à Namur, du côté où l'on refuse les dossiers et où l'on rédige les covenants. Il a ensuite été contrôleur de gestion d'une PME industrielle du Hainaut au moment où un invest provincial est entré à son capital. Installé à Gembloux, il relit chaque mois les conditions publiées par les fonds et les invests wallons et bruxellois.
